Récit et photos de Paul Fiquet

Mais il était temps que l’on intervienne, car les munitions commençaient à manquer, une catastrophe dans ces cas là, et heureusement, il n’y avait aucun blessé à transporter.

L’adjudant ne voulut pas en rester là, une leçon devant être donnée aux viets du secteur retirés sur les premières crêtes de la cordillière annamitique et semblant nous narguer de leurs silhouettes noires qui se détachent admirablement bien dans le soleil bas à quelques 3 000 mètres. Le 75 est facilement transporté de l’autre côté du pont, ça roule tout seul grâce aux pneumatiques, et mis en batterie face à la montagne au milieu de la place du village de Ammong. Un simple trou pour la flèche, le sergent pointe et je fais le chargeur. Ouvrir la culasse, introduire l’obus, refermer, et ensuite le meilleur moment. Au commandement « Feu ! », je tire la ficelle et le canon mal arrimé effectue un véritable bond au départ du coup. Qu’importe, c’est du costaud et malgré les soubresauts, le tir est bon. Bientôt, le sommet de la première colline où les viets se pavanent disparait sous la fumée des explosions. Maintenant, tous les « Nhôs » (gamins) du village tout autour de nous, ravis de l’aubaine, rient aux éclats aux coups assourdissants des départs. Joli tir à vue. Facile, distrayant au point que la nuit arriva et qu’il fallut cesser la corrida. Une dernière canette chez le chinois dont la buvette se trouve juste derrière nous, bien placée en somme. Un dernier obus est envoyé, puis tout le monde rejoint le poste protecteur où l’on s’enferme pour la nuit, comme d’habitude. En résumé, les guerilleros du coin n’eurent pas la vie belle ce jour là, et les résultats invisibles jusqu’alors nous furent dévoilés le lendemain matin par le misérable cortège des blessés provenant du secteur en cause.

Beaucoup de villageois innocents se trouvaient parmis ceux-ci et à cette occasion, six guerilleros furent débusqués. Blessés eux-mêmes, ils s’étaient glissés parmi la population, pensant pouvoir rejoindre également l’hôpital de Hué par le train de 16 heures. Leur jeune age et leurs cheveux coupés courts attirèrent les soupçons sur eux, car leurs habits de toile noire et leurs chapeaux coniques ne les differenciaient pas des autres « Nha-Qués ». Faits prisonniers par nos soins, puis dirigés sur Hué sous bonne garde, à l’hôpital militaire, au cours de leur interrogatoire par le lieutenant Sangla et le sergent Moustique, ils livrèrent des renseignements sur cette affaire. Il y eut énormément de tués parmi eux au cours de notre bombardement, confirmation fut donnée à ce sujet par ces rebelles blessés et prisonniers.

Cette zone de Phuoc-Lam restera toujours hostile pour nos troupes. Ainsi, en 1953, les accrochages persistaient autour de Ammong. Témoin le sergent André Cantelaube, en poste dans le voisinage à Tru-Oï, également sur la RC 1. Chef d’un groupe de partisans indochinois, il vivra, trois ans après nous, une autre aventure au village de An-Cu à proximité de Phuoc-Lam.
Septembre 1950, Cau Haï (Centre Annam) BMTS 28, l’instruction aux partisans. (Collection P. Fiquet – droits réservés)

Au petit jour, une embuscade fut tendue aux viets ; lui-même et ses hommes, à l’affut, décimèrent un groupe ennemi descendant de leur abri dans la montagne.

L’on s’aperçoit alors que souvent l’histoire se répète, avec quelques variantes toutefois, mais dans ce secteur de Hué-Tourane malgré quelques revers nos troupes ont maintenu jusqu’au bout l’honneur et le drapeau français. Le vietminh ne parviendra jamais à évincer notre présence ici jusqu’à la cessation des hostilités le 21 juillet 1954, pas plus qu’il n’effacera l’amitié de millions de vietnamiens pour la France malgré la tragédie de cette lointaine guerre. Bien avant nous, d’autres français ont été fascinés par cette indochine dont tous les anciens ont gardé une blessure au fond du coeur, nostalgiques et amers. »

Récit et photos de Paul Fiquet, adressés au webmaster du site FAVN-ARVN les 23 et 30 mai 2002.

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